Les enfants post-confinement – Pensez à l’adaptation !

Bourgeon survivant sur souche taillée

Au milieu de tout le remue-ménage qu’aura provoqué ce tout petit virus, dans l’océan des injonctions diverses et variées qui sont adressées aux parents, il y a les enfants. Il y aura un avant et un après Covid. Qui des enfants dans le post-confinement?

Ces enfants, au sortir du confinement, seront changés à jamais.

Ils auront continué de grandir. Ils se seront adaptés.

Ils auront vécu des moments inoubliables. Ils auront découvert comment leurs parents gèrent une situation inédite et stressante.

Ils auront assisté à des disputes. Ils auront joué en famille.

Ils auront été séparé trop longtemps de leur parent soignant. Ils auront été transféré du jour au lendemain dans un établissement de garde réquisitionné pour l’occasion.

Ils auront été séparé de leur nounou pendant si longtemps qu’ils auront un peu oublié comment la chaleur de ses bras peut les rassurer. Ils auront été tenus loin de leurs grands-parents, de leurs oncles et tantes, des cousins, des amis…

« L’homme est un être social, la nature l’a fait pour vivre avec ses semblables »

Aristote

Les rapports sociaux sont partie intégrante et fondamentale de la construction de l’humain, cet être grégaire et initialement nomade. La construction de relations sociales avec des cercles élargis est capitale pour le développement de l’empathie, de la tolérance, de la confiance en soi, de l’autonomie, de l’auto-estime.

Tous leurs repères sont bouleversés.

La sortie quotidienne au parc, la visite hebdomadaire à la grand-mère, le goûter pris en tête à tête à la sortie de l’école, le sport le mercredi, les leçons de musique, de chant, d’art… Toutes ces petites choses, dans leur régularité, sont essentielles au développement du cerveau des enfants. Elles sont nécessaires à la construction de la psyché de l’humain, dans sa capacité à explorer le monde pour nourrir son intellect.

On sait à quel point les enfants sont sensibles à l’ordre, aux rituels, aux rythmes réguliers. (voir l’importance des routines chez l’enfant – de naître et grandir) Et c’est sans parler des enfants neuro-atypiques !

Tous leurs repères sont bouleversés.

Pour certains, bien trop nombreux, toutes ces petites choses, toutes ces petites relations, la crèche, l’école, la rencontre avec d’autres adultes, sont plus que des apports supplémentaires. Pour ceux-là qui connaissent la violence familiale, l’inceste ou simplement l’extrême pauvreté, ces fenêtres ouvertes étaient la seule échappatoire à un bourreau quotidien, le seul répit dans un climat lourd de violences verbales et/ou physiques, ou le seul moyen d’avoir un repas équilibré…

D’ailleurs, Adrien Taquet, Secrétaire d’Etat à la protection de l’enfance, alerte sur les risques de maltraitance des enfants qui peuvent survenir pendant la période de confinement.

Ce confinement qui prend des airs de vacances interminables (comme la très drôle vidéo de Mélissa&Fred) pour les plus chanceux, et est beaucoup plus compliquée pour le plus grand nombre (comme ici).

Ce confinement qui apporte la peur de l’extérieur, où se tapisse un ennemi invisible, implacable et sournois. Prêt à se servir de chacun comme d’un transporteur pour aller attaquer les autres. Il est prouvé scientifiquement que les enfants sont naturellement altruistes. Imaginez leur ressenti lorsqu’ils comprennent qu’ils ne peuvent pas nous accompagner en courses car ils pourraient être porteurs sains du virus et représenter ainsi un danger pour les plus vulnérables ! Ils n’ont pas de prise sur ce virus. Ils n’ont pas de moyens de le voir, de le combattre, ou de protéger ceux qu’ils aiment.

Ce confinement qui apporte son lot de doutes, d’angoisses, qui inquiète les parents, qui cible en priorité les enfants.

Ce satané Covid-19 qui a emporté un être cher, ce confinement qui nous empêche de lui rendre hommage. (voir l’article: Comment parler de la mort avec mon enfant)

Ce confinement – dont je ne remettrai pas en cause le bien-fondé – a bien des impacts invisibles sur nos enfants.

De grâce, patrons, entrepreneurs, salariés, directeurs d’écoles, professeurs, assistantes maternelles, puéricultrices, de grâce, prenez cela en compte lorsque le confinement sera levé.

L’envie d’un retour à la normale sera pressante, sans doute.

Nous aurons eu nos enfants avec nous 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7.

Selon les situations, les jours, les moyens, les caractères, cela peut représenter un immense bonheur comme une indicible détresse.

Peut-être aurons-nous besoin de courir reprendre un travail et essayer de rattraper un retard accumulé, de réparer une situation bouleversante et inattendue.

Peut-être sera-t-il urgent de relancer notre activité pour ne pas perdre notre gagne-pain.

Mais nos enfants, dans tout cela, sont comme nous. Las, choqués, transformés par le traumatisme physique et psychologique que leur aura infligé cette période. Car oui, il s’agit d’une crise. Le terme de « guerre » a même été posé. Il ne peut y avoir de crise sans trauma.

Tout laisse une trace. (voir l’article Confinement des enfants : un traumatisme à ne pas négliger !  de Marie-Aude Dupuy pour La revue du praticien )

Laissons le temps à nos enfants de redécouvrir l’extérieur, laissons-leur le temps de reprendre leur souffle, de retrouver leurs proches.

Il n’est pas d’intérêt à courir après le diplôme, le concours, ou le programme scolaire à rattraper.

Il n’est pas d’urgence à reprendre « le rythme normal ».

Gardons, d’une part, à l’esprit que c’est ce « rythme normal » qui est à l’origine d’une grande partie de la crise. (et si l’on en croit Giuletta Gamberini, Non, « la normalité ne reviendra pas »)

D’autre part, accordons à nos enfants, à nos employés, à nos clients, un temps de réadaptation.

Il sera crucial, employeurs, que vous accordiez une souplesse aux parents afin qu’ils puissent organiser un retour progressif à l’école ou au mode de garde pour les plus jeunes.

Il sera nécessaire, gardes d’enfants, classes de maternelle, de mettre ou remettre en place des périodes d’adaptation.

Il sera capital, clients, que vous soyez compréhensifs envers le commerçant, l’entrepreneur, le libéral, qui devra intégrer de la souplesse dans ses disponibilités.

Nous aurons besoin d’un temps de ré-acclimatation, pour émerger de la situation dans laquelle cette crise nous aura plongée. Les enfants aussi.

Il serait bon de ne pas se jeter à corps perdu dans le travail et la production, dans le scolaire et l’évaluable.

Prendre le temps de panser nos plaies, de souffler nos peines, de nous retrouver et de regagner en confiance. Prendre le temps de revenir au social, dans la douceur et le respect de chacun.

Laisser à l’humain le temps de se reconnecter avec son humanité, tout simplement.

Séverine Schlayen, le 11 avril 2020.

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