Tu manges ce que tu veux parmi ce que je te propose

C’est la règle à table chez moi. C’est aussi un moyen de survie lorsque l’on a un « enfant difficile » à table.

Déjà parce que nous revenons du classique « Finis ton assiette » avec lequel nos générations précédentes ont été élevées, qui nous déconnecte de notre sensation de satiété, de notre appétit, et amène tout son lot de troubles alimentaires.

Ensuite parce que des études ont prouvé qu’un enfant habitué à s’alimenter à la demande depuis son plus jeune âge (et auquel on ne propose pas de friandises qui le déconnecteraient de ses sensations en le détournant de ses besoins) va spontanément s’orienter vers les aliments qui répondent à ses besoins nutritionnels.

Un enfant va réguler son alimentation et étaler ses apports (fibres, sucres lents, protéines, sucres…) sur la journée et parfois même sur la semaine.

Aussi votre enfant peut très bien avoir un fort appétit pour les légumes le midi et s’orienter vers les protéines le soir. Il n’est pas impératif pour lui de manger de tout à chaque repas.

Bien évidemment, si il y a des friandises en dessert (et par là j’entends tout ce qui représente un fort apport en sucre sans apports en fibres, comme les crèmes dessert, les glaces, les gâteaux, les desserts « lactés » etc.), le biais sera trop tentant et l’autorégulation de l’enfant perturbée.

Aussi chez nous, la règle est simple : charge aux adultes de proposer des repas équilibrés, comportant crudité, cuidité céréales et protéines. L’enfant mange ce qu’il souhaite parmi ce choix, dans l’ordre qu’il souhaite, et termine (ou commence, au fond on s’en fiche) par un fruit frais. Il n’est pas question de soumettre l’obtention d’un dessert au fait de manger le plat. En effet ce serait placer la nourriture grasse et sucrée comme une récompense, un but à atteindre. Ce serait tout mettre en place pour une relation moins saine à la nourriture.

« Tu manges ce que tu veux parmi ce que je te propose ». Je suis responsable de proposer des choses saines la plupart du temps.  Ah, oui, nous sommes humains ! Parfois on n’a pas le temps, ni l’envie de cuisiner, ou alors c’est la fête.. enfin bref ! On fait ce que l’on peut, de notre mieux, en gardant en tête que le mieux de la voisine et le mien sont différents, et que mon mieux d’hier n’est pas le même que mon mieux d’aujourd’hui !

« Tu manges ce que tu veux parmi ce que je te propose » c’est la liberté au sein du cadre. C’est la responsabilisation de mon enfant, c’est la prise en compte de son individualité, de son unicité et de son humeur du moment. C’est le respect de sa personne, et la condition d’une relation saine à la nourriture. C’est la fin des crises et des disputes autours du repas, c’est la libération de l’assiette vidée d’une charge émotionnelle qui ne lui appartient pas.

Vous n’êtes pas convaincu ? Imaginez la situation suivante :

Il est des moments où vous avez plus d’appétit que d’autres, et il vous semblerait bien malvenu qu’un collègue de travail vous ordonne de finir votre assiette, ou vous interdise de manger vos plats dans l’ordre que vous souhaitez. Impensable ! Et pourtant, c’est ce que nous faisons quotidiennement avec nos enfants.

L’un de mes enfants souffre de dysoralité sensorielle, ce qui lui cause une sévère néophobie alimentaire. Comprenez en gros que ses récepteurs tactiles sont très (trop) efficaces et qu’elle ressent tout plus fort que le commun des mortels. En gros, le message envoyé au cerveau est amplifié. Si par exemple vous lui servez une tasse de chocolat tiède, elle ne pourra pas le boire et vous dira que c’est brûlant.

Faites le test à la maison, nous n’avons pas tous la même sensorialité. Ce qui est chaud pour vous est peut être tiédasse pour votre conjoint et froid pour quelqu’un d’autre.

Lorsque les messages sont envoyés de façon amplifiée à outrance dans le cerveau, il en ressort que les expériences gustatives peuvent être fort désagréables, voir même douloureuses.

Une goutte de jus de citron dans un plat entier sera ressentie et l’enfant pourra vous dire que « ça pique » alors même que vous ne sentez rien du tout.

La rugosité d’un aliment croustillant pourra être perçue comme une agression sensorielle, avec une perception de douleur.

A force d’expériences inconfortables, douloureuses ou écœurantes, l’enfant peut développer une phobie à l’idée de goûter de nouveaux aliments. C’est ce qu’on appelle les néophobies alimentaires.

Il est très sélectif dans le choix de ce qu’il peut manger, et la moindre déconvenue peut lui faire rayer un plat de la liste déjà très restreinte des aliments qu’il tolère.

Ces enfants mangent souvent du bout des lèvres, trient dans leur assiette, ne supportent pas que tel aliment en touche un autre, refusent de goûter, et ont des réactions très vives de dégoût lors d’une déconvenue.

On aurait bien tendance à les prendre pour difficiles, capricieux, pénibles.

Il faut bien comprendre ici le sens du mot « phobie ». C’est une peur qui est intense, impossible à raisonner et sur laquelle l’argumentation est non seulement inutile mais délétère.

Prendre en compte l’individualité de nos enfants passera par le fait de toujours proposer des plats variés, tout en veillant à ce que l’enfant néophobe puisse trouver dans chaque repas au moins un aliment qui sera accepté. Car en connaissant les mécanismes de la néophobie, on se rend compte que la personne qui en souffre le plus, c’est bien le néophobe frustré et affamé et non le cuisinier vexé.

Un suivi avec un orthophoniste bienveillant pourra aider, et une désensibilisation en douceur pourra se faire au fil des années.

Petit à petit, au cours d’expériences rassurantes, l’enfant pourra s’apaiser vis-à-vis de la nourriture, et, pourquoi pas, s’ouvrir à de nouveaux aliments et de nouvelles expériences.

« Tu manges ce que tu veux parmi ce que je te propose » chez nous, c’est aussi une manière d’inclure notre enfant néophobe dans les règles de vie familiale, dans une organisation qui peut s’appliquer à tous et à chacun.

Pour aller plus loin je vous recommande ce site internet bien documenté.
Vous pouvez aussi suivre le groupe Facebook Troubles de l’oralité / troubles alimentaires de l’enfant : familles / pros (accès soumis à validation des administrateurs, pour des raisons évidentes de nécessité de bienveillance envers les témoignages).

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